La barbarie alimentaire

« Un chercheur, le Pr. Mac Connell, s’intéressait aux ‘philosophies anthropophages’ dans leurs fondamentaux conceptuels. Pour simplifier, dans ces cultures, on pense que si l’on mange des parties d’un corps humain, on s’appropriera les caractéristiques qualitatives qui lui sont associées. Par conséquent, si l’on mange le coeur d’un guerrier valeureux, on s’appropriera son courage; si l’on mange le cerveau d’un sage, on s’appropriera sa sagesse. Le Pr. Mac Connell souhaitait pouvoir vérifier si, derrière ces principes empiriques et traditionnels existant encore chez certains peuples, il pouvait y avoir une parcelle de vérité démontrable. Cependant, afin d’établir un protocole scientifique cohérent, il avait besoin de cobayes permettant d’élaborer un processus expérimental, comme cela se fait avec des souris par exemple. Il lui fallait trouver des animaux ayant un comportement ‘cannibale’, c’est-à-dire mangeant leurs propres congénères morts et ayant, au minimum, une ébauche de système nerveux. Il finit par choisir une variété de vers qui répondait à ces critères, des vers planaires, sensibles à des stimuli comme la lumière ou la douleur. Il sélectionna une population de cent vers planaires qu’il répartit (cinquante-cinquante) dans deux boîtes similaires, A et B, ouvertes sur le haut et ayant un fond métallique. Il plaça au-dessus de chacune de ces boîtes une lampe de bureau.

Il relia ensuite électriquement le fond métallique de la boîte A à la lampe située au-dessus, alors que le fond de la boîte B restait non connecté. Ainsi, lorsqu’il allumait les lampes au-dessus des deux boîtes, la connexion à la boîte A envoyait une légère décharge électrique aux vers placés dans cette même boîte. Ces vers se recroquevillaient du fait de la douleur ressentie. Les vers placés dans la boîte B, quant à eux, ne recevaient aucun courant et par conséquent aucune douleur. Ils percevaient la lumière mais ne se recroquevillaient pas.

Le Pr. Mac Connell répéta l’opération de nombreuses fois afin de créer, chez les vers planaires placés dans la boîte A, un réflexe conditionné, mécanisme bien connu depuis les travaux de Pavlov (chaque fois qu’il donnait à manger à son chien, Pavlov faisait sonner une clochette. Le chien, qui voyait arriver sa gamelle de pâtée, salivait. Au bout d’un certain temps, il suffisait à Pavlov de faire sonner la clochette pour que le chien salive. Il avait conditionné le réflexe clochette-salive).

Une fois le réflexe ‘éduqué’ chez les vers planaires de la boîte A (lumière = douleur), le Pr. Mac Connell déconnecta totalement cette boîte de la lampe. Lorsqu’il allumait la lumière, par réflexe éduqué et non par douleur puisqu’il n’y avait plus de décharge électrique, les vers planaires de la boîte A continuaient à se recroqueviller, alors que ceux de la boîte B ne réagissaient toujours pas. Ayant constaté le fonctionnement incontestable du réflexe conditionné, le Pr. Mac Connell tua les vers de la boîte A et les donna à manger à ceux de la boîte B.

Le plus stupéfiant se produisit alors. Après le temps nécessaire à l’assimilation de leurs congénères morts, les vers de la boîte B, qui ne réagissaient pas avant, se mirent, pour une proportion importante du groupe, à se recroqueviller lorsqu’on allumait la lumière au-dessus de leur boîte.

Un message non pondéral (non matérialisable, non mesurable), une mémoire avait été transmise! Troublant pour ne pas dire effrayant! Car si l’on y réfléchit et afin d’élargir le propos, quel message et quelles mémoires absorbons-nous en mangeant tous ces animaux dont l’élevage n’a été que torture? Quel message et quelles mémoires ingérons-nous, par exemple, en consommant ces fabuleux oeufs produits en batteries, où pour plus de rendement on crée quatre journée artificielles aux poules, les forçant ainsi à pondre quatre fois plus d’oeufs? Elles sont ‘poussées’ à tel point qu’elles ne vivent (si j’ose dire) que quelques semaines et meurent dans un tel état de délabrement, d’épuisement, qu’elles ne sont plus propres à la consommation et qu’elle finissent, ‘au mieux’, dans les farines animales ou les ‘bouillons cubes’. Joyeux oeufs à la coque…

…Vidées de toute essence, de tout amour et du moindre des respects, les cadavres aseptisés de ces animaux martyrs nous font le cadeau ‘invisible’ de nous rendre, de nous restituer toute la souffrance que nous leur avons infligée… »

Source: « Un corps pour me soigner, une âme pour me guérir ». Michel Odoul. Ed. Albin Michel.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s